Projet Mali 2009, la pouponnière d'Etat de Bamako

Notre association a choisi de revenir au Mali cette année, dans la pouponnière d’Etat de Bamako, et de poursuivre le projet humanitaire sur 3 mois, avec un roulement de 3 équipes de 4 étudiants, s’étalant du 25 mai 2009 au 13 septembre 2009.

 


Nos motivations

  • Observation et échanges avec les nourrices dans la pouponnière (conditions sanitaires et affectives, ouverture de la pouponnière sur l’extérieur, répartition des enfants et mixité, origines, et intégration des enfants).
  • Apporter des stimulations aux enfants afin de les éveiller sur le plan moteur, sensoriel et cognitif.
  • Travail de la motricité fine dans un but d’autonomie progressive.
  • Développement de la solidarité chez les enfants.
  •  Apporter une aide aux nourrices par rapport au nombre grandissant d’enfants.

La Pouponnière

Le Centre d'Accueil et de Placement Familial de Bamako, qu'on appelle plus souvent "Pouponnière", existe depuis 1956 et est situé au quartier Dravela en plein centre ville depuis 1970, entre la caserne des Pompiers, les Editions Imprimerie du Mali (EDIM) et l'immeuble SEMEGA.


Créée par l'Ordonnance N°90.37 / PG.RM du 5 juin 1990, la Pouponnière fut tout d'abord rattachée à la Direction Nationale de l'Action Sociale, puis à la Direction Nationale de la Promotion de l'Enfant et de la Famille (DNPEF).


Cette ordonnance lui fixa pour mission "l'accueil, l'entretien et d'éducation jusqu'à l'âge de trois ans, des enfants abandonnés ou de parents inconnus, des orphelins sans soutien, des enfants de mères malades mentales".


Madame Néné OUATTARA la directrice de l'établissement fut notre principale interlocutrice.


La pouponnière accueille aujourd'hui une centaine d'enfants âgés de 0 à 17 ans. Les enfants âgés de 3 mois à 3 ans peuvent être adoptés. La plupart des autres enfants non adoptés vont alors au village d'enfants SOS.

Les enfants handicapés, atteints parfois de pathologies lourdes ne sont pas adoptés. Ils restent donc à la charge de la pouponnière.


Différents intervenants viennent plusieurs fois par semaine à la pouponnière prendre en charge ces enfants : un kinésithérapeute, un psychologue, un orthophoniste, Aly Alphagalo et un psychomotricien, Bakari Coulibaly. Les honoraires de ces intervenants sont pris en charge par plusieurs associations.

 

Durant cette période de près de quatre mois nous avons travaillé avec les bébés et les enfants handicapés en proposant des activités diverses et variées, adaptées à chacun.

 

Notre travail avec les bébés s’est tout particulièrement centré sur l’apport de stimulations sensorielles.

- stimulations visuelles grâce à des objets colorés ou mobiles,

- stimulations auditives par des jouets sonores et des sollicitations vocales,

- stimulations tactiles par des massages manuels ou par l’intermédiaire d’objets.

Les nourrices ont participé à ces activités particulièrement en chantant et en jouant de la musique.

Par ailleurs, nous avons fait de notre mieux pour être attentifs aux tentatives de communication des bébés en leur accordant des moments privilégiés. En effet, certains d’entres eux peuvent souffrir de manques affectifs suite à l’abandon parental. Il est alors difficile pour les nourrices d’y remédier seules en raison du grand nombre d’enfants dont elles sont à charge. D’ailleurs nous participions parfois aux soins quotidiens des bébés (biberons, changes…)

 

Les activités proposées aux enfants handicapés ont été très variées, tout en restant appropriées aux besoins de chaque enfant :

- Le dessin, la peinture et la pâte à modeler ont aidé à développer leur motricité fine et leur imaginaire. Nous ne recherchions pas nécessairement ici des réalisations précises ou représentatives. Avant tout nous espérions qu’ils prennent du plaisir dans l’activité et qu’ils découvrent de nouvelles sensations en particulier tactiles. Ces travaux manuels sont par ailleurs un moyen détourné de s’exprimer.

- Les gommettes permettent aussi de développer la motricité fine mais en incluant un travail sur la reconnaissance des formes et des couleurs. Lorsque les enfants les collent sur leur feuille nous pouvons étudier la précision de leur geste et leur concentration. Lorsqu’ils les collent sur leur peau, ils peuvent éprouver de nouvelles sensations tactiles et apprendre à connaître leur corps. Ceci intervient en effet dans l’intégration de leur schéma corporel.

- Les jeux d’encastrement et de construction permettent un travail sur la précision du geste, sur la logique et sur l’imaginaire. Ils permettent également l’intégration de notions telles que intérieur/extérieur ou contenant/contenu.

- Les activités d’extérieur, telles que les jeux de ballon, développent la motricité globale. Contrairement à celles évoquées précédemment, ces activités de groupe permettent d’établir des interactions directes entre les enfants. Les jeux de passes par exemple accentuent la notion de partage. De plus, évoluer dans une grande aire de jeux est l’occasion de courir, de sauter et permet d’appréhender l’espace et le temps.

- Les parcours psychomoteurs font travailler tous les grands thèmes de la psychomotricité, tout en se basant sur une relation individualisée avec l’enfant.


Les autres structures visitées

AMALDEME (Association Malienne de lutte contre les déficiences mentales chez l'enfant)

L’AMALDEME est l’un des plus grand centre médico-psycho-éducatif de Bamako. Psychomotriciens, kinésithérapeutes, orthophonistes, ergothérapeutes, éducateurs spécialisés, psychologues, médecins,…travaillent dans une même optique : aider les enfants déficients mentaux et physiques à apprendre ou réapprendre les postures et facultés de bases (retournements, position assise, marche,…) dans le but de les faire évoluer vers une certaine autonomie et un mieux-être physique et psychologique. Ces professionnels aident et accompagnent aussi les parents de ces enfants, dans ce lourd fardeau que peut être parfois le handicap dans les cultures africaines.

 


L’AMALDEME étant fermée début juillet pour les vacances scolaires, seul le 1er groupe a pu se rendre (deux fois par semaine) dans ce centre pour participer aux activités paramédicales et échanger tout particulièrement avec Bakari Coulibaly, le psychomotricien. Des supports éducatifs (mémories, puzzles,…) ainsi que du matériel de psychomotricité (balles à picots, support graphomoteur, jeux d’encastrements,…) ont été donné aux professionnels pour les aider dans leurs tâches.


Nous avons également pu observer le fonctionnement de classes spécialisées et s’entretenir avec les instituteurs, dont la tâche est parfois très ardue, puisqu’ils enseignent à des enfants d’âge très différents, présentant des retards bien variés.

 

 

Centre SOUNDIATA KEITA :Hippothérapie pour enfants handicapés

Chaque mercredi matin, trois enfants de la pouponnière sont emmenés au centre d’hippothérapie de Bamako. Cela leur permet de découvrir un nouvel environnement, et d’établir une des relations avec les animaux. Lors de ces séances d’hippothérapie, les enfants montent à cheval. Cela qui permet une revalorisation, une prise de confiance en eux, et une découverte de nouvelles sensations qui peuvent être bénéfiques pour leur rééducation au niveau des membres inférieurs et supérieurs. Nous pensons cependant qu’une telle activité pourrait être encore plus approfondie (l’enfant pourrait participer aux soins des chevaux avant de les monter), ce qui permettrait à l’enfant de progresser sur les plans psychomoteur et psycho-affectif. Nous avons donc fait part de nos diverses idées au responsable de la pouponnière, Mr Adama Sangaré.

 

 

 

ASE-MALI orphelinat Niaber

Nous avons visité cet orphelinat où d’anciens membres de l’association étaient intervenus en 2008. La directrice nous a aidé à comprendre la place du bébé et des nourrices dans l’établissement et nous a expliqué sa vision sur le rapport mère/enfant dans les cultures africaines.

 

 

 

 

 

Hôpital Gabriel Touré

La chef de service de néonatalogie de l’hôpital Gabriel TOURÉ de Bamako nous a conduits dans l’unité kangourou et nous en a expliqué le fonctionnement. Cette unité accueille les mères avec leurs enfants nés prématurément. Ainsi les nouveaux nés sont portés en peau à peau en permanence dans des poches en tissus placées au niveau du ventre de la mère. Cette méthode permet, entre autres, de réguler la température, la physiologie du nourrisson. Certains membres de la famille peuvent prendre le relais afin que la mère puisse se reposer. Cette unité comporte 7 lits, tous situés dans la même salle. Les séjours dans l’unité sont de 7 jours. Ainsi les mères sont accompagnées dans les premiers soins à apporter aux nouveaux nés prématurés.

Après l’unité kangourou, un des internes nous a conduit dans le service de néonatalogie. Une quinzaine de bébés présentant une grande prématurité sont réunis dans une unique grande salle. Il semblerait que ce contexte soit lié à la présence de travaux dans l’unité. Les différentes pathologies des bébés sont liées dans la majorité des cas à une souffrance fœtale. Les règles d’hygiène semblent peu respectées. Les bébés sont très souvent exposés au bruit et la lumière du fait du va-et-vient incessant des professionnels de santé. La famille est en permanence présente auprès des bébés et les parents de sont pas mis à l’écart de la prise en charge de leur enfant. Toutefois, l’unité manque cruellement de couveuses indispensables à la survie des prématurés, du fait de leur coût très élevé et de la difficulté à les faire venir d’occident.

PMI de Badalabougou

Nous nous sommes rendus dans une PMI de quartier où nous avons été très bien accueillies par la responsable du service de prévention et de post natalité. Elle nous a expliqué le fonctionnement du planning familial, l’accouchement, le suivi des femmes, la contraception et la place de la religion dans ce débat. Les femmes sont régulières dans leur suivi gestationnel. Une journée dans la semaine est réservée aux femmes afin qu’elles puissent échanger sur leurs problèmes, leur expérience…

 

 

Centre de Rééducation fonctionnelle et d’appareillage orthopédique Père Bernard Verspieren

Ce centre accueil régulièrement un enfant de la pouponnière qui s’est fait opérer l’an dernier des membres inférieurs (pied bot). Djibril (12 ans) a ainsi pu apprendre à marcher sans déambulateur, et est aujourd’hui de plus en plus autonome dans tout ce qu’il entreprend. Ce centre est tenu par une française. Lors de la visite des locaux nous avons découvert un centre parfaitement entretenu, riche en matériel de rééducation et d’idées novatrices. Nous avons également pu nous entretenir avec des prothésistes, ergothérapeutes, kinésithérapeutes,… qui réalisent un excellent travail. Peut-être investiront-ils bientôt dans une psychomotricienne qui pourrait ainsi compléter le travail fait par le corps paramédical et médical…

 

 

Pouponnière d’Etat 2 de Bamako

 

 

 

Aoua Ricaud nous a fait visiter la nouvelle pouponnière d’état de Bamako qu’elle dirige. L’établissement comprend 5 dortoirs avec tapis d’éveils, jeux, un lit fixe attribué à chaque enfant. Avant d’être embauchées, les nourrices participent à une formation sur leur métier car celles-ci doivent être très investies dans l’éducation des enfants (chant, danse, lecture d’histoire, contact visuel et corporel…). Le problème des couches semble persister à savoir qu’elles coûtent très cher et que les demandes de dons auprès des fabricants sont difficiles à obtenir.


Le maternage

A la pouponnière, les enfants n’ayant plus leurs parents, notre observation s’est portée sur l’activité des nourrices. Les relations qu’elles entretiennent avec les enfants, les stimulations qu’elles leur apportent, les soins qu’elles leur prodiguent… Nous avons remarqué que certaines donnait le sein aux plus jeunes, chose qui ne se voit plus du tout en France. Mais cela se fait sans aucune intention d’être perçues comme des mères pour le bébé. Cet acte répond aux besoins physiologiques de l’enfant et n’est pas un moment relationnel privilégié. De la même façon, elles enduisent parfois le corps des bébés de beurre de karité qui a de nombreuses vertus. Les autres stimulations qu’elles leur apportent sont principalement auditives : elles chantent, font de la musique et des percussions, ce qui plait beaucoup aux enfants.

Afin d’observer des relations de maternage entre parents et enfants, nous avons cherché à apprendre directement au contact de la population locale, au grée des rencontres. Ainsi nous avons fait la connaissance de femmes et leurs bébés, qui nous ont montré et enseigné leur façon si particulière de les mettre au dos. Ce mode de portage a plusieurs incidences sur le développement du bébé, et en particulier sur le plan psychomoteur. Toujours au contact de sa mère, le bébé ressent toutes ses régulations toniques, très stimulantes. Cela influence et renforce sa tonicité musculaire, ses postures, … Nous avons également eu l’occasion d’assister à des moments de toilette, ainsi qu’à des massages.


Conclusion

Notre stage au sein de la Pouponnière d’Etat de Bamako fut très formateur pour nous et nous a permis d’apprécier les richesses de la culture malienne. Cela nous a ouvert les yeux sur les difficultés que les enfants peuvent rencontrer au quotidien. Ainsi, nous avons dû nous adapter et mettre en place de multiples activités pour répondre aux envies et besoins de chacun. Nous avons envisagé le handicap différemment de la vision que nous en avions par rapport à la France, et donc nous avons découvert d’autres moyens thérapeutiques. L’accueil et la patience des nourrices ainsi que de tout le personnel nous ont permis d’observer les différents modes d’échanges entre eux et les enfants. De notre coté nous avons partagé nos connaissances, pratiques et théoriques, sur la psychomotricité.

Cette expérience a donc été un réel échange, extrêmement enrichissant, tant sur le plan humain que professionnel.

Nous avons donc l’optique de poursuivre ce projet pour les années futures, en espérant partager encore plus, à la fois au sujet de la psychomotricité et plus généralement de la prise en charge des enfants dans le besoin ou porteur de handicap, et à la fois sur l’établissement de la relation parent-enfant dans une telle culture.

 

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Commentaires : 2
  • #1

    Griffin (samedi, 21 juillet 2012 22:45)

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    KABULO MUSENGE OMARI (mardi, 24 octobre 2017 13:57)

    BONJOUR. SUIS INTERESSÉ A CONCEVOIR UN PROJET DES HANDICAPÉS EN RDCONGO DANS LE TERRITOIRE DE MALEMBA NKULU, OÙ LA POPULATION EN SITUATION D.HANDICAPE SEMBLE NEGLIGÉE