Définition

« Le maternage désigne l’art de s’occuper d’un enfant à la manière d’une mère » (maternage.free.fr). A priori, personne n’est plus apte que la mère biologique d’un nouveau-né à répondre adéquatement aux signaux envoyés par celui-ci. En cajolant son enfant, en lui parlant, en donnant du sens à ce qu’il vit, la mère permet à l’enfant d’ « investir positivement ses expériences subjectives » (Daniel Calin, XXIème siècle) afin qu’il puisse construire son narcissisme primaire, qu’il se sente affectivement sécure et qu’il apprenne ainsi à s’aimer et à aimer les autres. Ajuriaguerra, psychiatre du XXème siècle, décrit cette première phase d’échanges entre la mère et son enfant, dans la continuité des travaux de Wallon (psychologue et neuropsychiatre, XIXème-XXème siècle) : « La préoccupation constante de Wallon a été de bien montrer l’importance de la fusion affective primitive dans tous les développements ultérieurs du sujet, fusion qui s’exprime au travers des phénomènes moteurs dans un dialogue qui est le prélude au dialogue verbal ultérieur et que nous avons appelé dialogue tonique » (1962). Ainsi, parce que nous sommes des êtres de liens, ce dialogue tonique entre la mère et son enfant est primordial. D’abord parce qu’il permet le maintien d’une relation brisée physiquement par la rupture du cordon ombilical, ensuite parce qu’il tend à faire de l’enfant un être social capable d’empathie : « En étant caressé, cajolé, porté, embrassé, bercé, aimé, l’enfant apprend à caresser, cajoler, embrasser, bercer, il apprend à aimer les autres » (Leboyer, XXème siècle).

 


D’un pays à l’autre

En France, la société incite les mères à sevrer rapidement leur enfant du lait maternel, ainsi qu’à s’en séparer tout aussi rapidement, en le faisant dormir dans une chambre à part et en retournant travailler, le confiant à la crèche ou à une nounou. Lors de nos divers stages en crèche, nous avons ainsi pu observer que des enfants de quelques mois passaient de longues journées loin de leur mère et que, dans certains établissements, le personnel encadrant ne prend que très peu les bébés dans les bras pour ne pas les « habituer ». L’enfant, dès son plus jeune âge, apprend donc à dormir seul même si cela l’inquiète. De plus, nous avons constaté qu’en France, la pudeur faisant partie intégrante de la société, les femmes s’isolent souvent pour allaiter à l’abri des regards.

 

Au Pérou, nous avons vu beaucoup de femmes qui allaitaient en pleine rue (dans les régions où l’hiver n’était pas encore trop rude) et des enfants souvent grands. Le rapport au corps n’y est en effet pas le même, le corps n’est pas perçu tel un objet érotisé autant que dans nos pays industrialisés et le sevrage est donc plus tardif. Nous avons également remarqué qu’à la crèche, les enfants ne venaient que le matin et qu’en cette période hivernale, ils étaient souvent absents. A Villa el Salvador où nous logions, nous n’avons d’ailleurs vu que très peu d’enfants dans les rues, ce que les habitants nous ont expliqué par le froid. Enfin, dans la famille qui nous hébergeait, la petite de 3 ans dormait toujours avec sa mère.

 

Il existe donc de nombreuses différences au niveau du maternage dans les deux pays. En France, l’usage de la poussette est très fréquent alors qu’au Pérou les enfants sont portés dans le dos, favorisant le contact physique.

 

 

 

Maternage et handicap

A Villa El Salvador, nous sommes intervenus dans une école pour enfants handicapés. Les enfants, âgés de 3 à 21 ans, ne sont plus des bébés. Cependant, nous pensons que face à leur handicap, le maternage a toute son importance. En effet, pour prendre le relais des mamans (les pères sont assez peu présents) durant la demi-journée où les enfants sont présents sur la structure, il est nécessaire que la maîtresse fasse preuve d’une fonction contenante afin de permettre à l’enfant d’évoluer, à son rythme, dans un univers où il se sente bien. Winicott a décrit les fonctions de « holding » et « handling » maternelles comme modalités essentielles des relations précoces. Le « holding » correspond à la façon dont la mère porte son enfant tant physiquement que psychiquement. Le « handling » se rapporte à la façon dont la mère prend soin de son enfant au quotidien. Dans un établissement accueillant des enfants porteurs de handicap et dont les capacités d’autonomisation sont plus restreintes que chez un enfant sain, ces notions sont fondamentales. En effet, les maîtresses doivent s’adapter au rythme de l’enfant et l’aider à prendre soin de lui-même, à comprendre ses besoins. Ainsi, dans les petites classes, les toilettes et les changes occupent une importante partie du temps ; dans les autres, les enfants apprennent à se débarbouiller ou à se brosser les dents ; et dans toutes, un temps est destiné à la « lunchera », c’est-à-dire un moment de goûter autour d’une table.


Enfin, pour favoriser l’autonomie de ces enfants handicapés, pour qu’ils puissent suivre leur propre chemin et évoluer à leur rythme, certaines maîtresses de l’école se formait à la « pédagogie Montessori » selon laquelle l’enseignant n’impose rien, il n’est qu’un guide, c’est l’enfant lui-même qui est maître de ses apprentissages : « Nous devons nous former et avoir la volonté d’accepter d’être des guides pour devenir des enseignants efficaces » (Maria Montessori). Le guide est donc respectueux de la personnalité de l’enfant car « guider l’enfant est un acte d’humilité pour être à son service » (Murielle Lefebvre, La Pédagogie Montessori illustrée, alban éditions).

 

 

 

Conclusion

Si chaque pays agit selon sa culture, nous pensons cependant que le maternage est important dans la constitution d’un individu quelque soit sa nationalité et chacun doit donc travailler sur l’existence de ce lien entre la mère et son enfant. En tant que futurs psychomotriciens, nous pensons que le maternage dépasse la relation mère-enfant et qu’il peut être utilisé par les thérapeutes. Ainsi, face au handicap, ce maternage entre le thérapeute et le patient permet la mise en place d’une relation qui permettra, nous l’espérons, à l’enfant atteint d’une pathologie, de se sentir en confiance, de construire son narcissisme et ainsi d’évoluer autant qu’il le pourra.